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JUSTICE
Un ex-avocat de Blé Goudé révèle : « Bensouda a conclu un accord avec Ouattara… » Dimanche 02/09/2018 22:38:43 Nick Kaufman, ex-conseil du ministre Charles Blé Goudé Justice Nick Kaufman, ex-conseil du ministre Charles Blé Goudé Cet article a été vu 1059 fois

Ivoire media (IM) - L’avocat Nick Kaufman a pratiqué ces 26 dernières années le droit criminel à la fois en tant qu'ancien procureur et en tant qu'avocat de la défense.  Il a représenté de nombreux hommes politiques de haut niveau et des hommes d'affaires de partout dans le monde et espère continuer à le faire jusqu'à sa mort. Il est toujours impliqué dans des affaires à la Cour pénale internationale (CPI) et  conseille actuellement l'ancien président de l'Ossétie du Sud, Eduard Kokoity et l'ancien président de la République centrafricaine Michel Djotodia. Il fut le premier conseil principal de Charles Blé détenu à la CPI.

 

Comment avez-vous été désigné pour défendre les intérêts de M. Charles Blé Goudé ?

Vous me demandez comment Charles Blé Goudé m'a choisi ? Au vol d'Abidjan, on lui a remis le livre d'avocats (un gros volume contenant les noms de plusieurs centaines d'avocats.  La plupart d'entre eux sans visage). Il est allé directement à ma page et l'a déchiré et l'a donné au représentant du Greffe. Il était intelligent et savait que le greffe de la Cour préférait un avocat peu familier à la Cour plutôt que d'être un ex-procureur comme moi qui connaissait exactement toute la stratégie que Bensouda et son équipage allaient essayer d'utiliser. J'ai été présenté pour la première fois à Charles Blé Goudé peu de temps après qu’il ait été obligé de fuir la Côte d'Ivoire en 2011. J'ai maintenu un contact régulier avec lui alors qu'il était caché et quand il a été arrêté, j'ai poursuivi toutes les chaînes afin de porter son sort à l'attention de la communauté internationale. Je n'ai rien contre cela. En effet, je me souviens du froid en appelant à la fois Hamed Bakayoko et Gnénéma Mamadou Coulibaly pour discuter du cas de Charles Blé Goudé après avoir demandé et reçu leurs numéros de téléphone cellulaire d'un ami journaliste. Je suis sûr que les honorables ministres me pardonneront maintenant de mon impertinence. Ils savent que je faisais mon travail et mon nom me précède plutôt maintenant en Afrique. En effet, j'ai rencontré et conseillé de nombreux politiciens et ministres de tout le continent africain. Du Soudan à l'Afrique du Sud et du Kenya à la Libye.

 

Soyez un peu plus explicite, quand avez-vous appelé les ministres Hamed Bakayoko et Gnéméma Coulibaly? Blé Goudé était-il déjà à la CPI ou c’est bien avant  son transfèrement à La Haye que vous êtes entré en contact avec ces ministres?

 

J'ai appelé les ministres avant que Charles Blé Goudé ne soit transféré à la CPI. En fait, quand il a été détenu quelque part en Côte d'Ivoire immédiatement après avoir été arrêté au Ghana. J'ai aussi appelé le procureur général du Ghana et lui ai demandé des explications. J'essayais d'amener tous ces gens à admettre que Charles Blé Goudé était destiné à être remis à La Haye, sinon qu'ils devraient lui accorder un procès équitable à Abidjan et ne pas le garder en détention. J'étais convaincu qu'il y avait un mandat d'arrestation sous scellé pour Charles Blé Goudé depuis  2011. C’est ainsi que  j’ai décidé de le représenter librement. Et j'avais raison.  J'ai finalement contraint l'Accusation à admettre officiellement qu'il y avait un mandat d'arrêt sous scellé pour  Charles Blé Goudé. J’ai ensuite demandé à la présidente de la CPI Silvia Fernandez de Gurmendi d'ordonner aux autorités ivoiriennes de me permettre de rendre visite à Charles Blé Goudé en Côte d'Ivoire. Je voudrais ajouter que je suis un avocat de droit commun  et je ne prends jamais les côtés politiques d’une affaire en tout cas (contrairement aux avocats français). Je suis la preuve et la vérité et je ferai de mon mieux pour n'importe quel client, peu importe qui il est ou ce qu'il a fait. Je note que Charles Blé Goudé a été une fois un proche associé de Guillaume Kigbafory Soro et il est ironique que l'histoire récente de votre pays est si entrelacé avec les relations entre ces deux individus. La paix viendra à travers eux tous les deux aussi.

 

Combien de temps a duré votre collaboration et pourquoi avez-vous été remplacé par Me Knoops ?

J'ai représenté Charles Blé Goudé tout au long de la procédure de confirmation et j'ai été contrarié de ne pas avoir pu provoquer le rejet des charges comme je l'avais fait avec mon ancien client de la Cour Pénale Internationale Callixte Mbarushimana. Je pense toutefois que la décision de confirmer les accusations portées contre lui est une conclusion qui n'a pas été retenue. Après tout, des décisions importantes quant à la qualité de la preuve avaient déjà été décidées dans la procédure de confirmation de Gbagbo. Il est tout naturel cependant que Charles Blé Goudé eût voulu changer de conseil. En tout cas, j'ai le privilège d'avoir été associé à la véritable force motrice derrière sa défense Me Claver N'dri qui, je crois, continuera à faire en sorte que Charles Blé Goudé soit bien représenté.

Quelle image gardez-vous donc de M. Charles Blé Goudé ?

Pendant presque deux ans avant sa reddition à la CPI, j'ai représenté Charles Blé Goudé complètement pro-bono. Je l'ai fait parce que je l'admirais pour sa place unique dans l'histoire moderne du continent africain et fermement cru qu'il avait été injustement ciblé par Luis Moreno-Ocampo en raison de sa popularité et sa notoriété. Charles Blé Goudé est une icône et a une présence formidable. Notre interaction personnelle n'a pas toujours été la plus douce, mais j'ai mis cela sur l'épreuve des graves difficultés qu'il a subies pendant sa détention en Côte d'Ivoire.

Le procès est interrompu parce que la CPI estime qu’elle n’a plus d’argent pour juger M. Laurent Gbagbo et M. Blé Goudé. Croyez-vous réellement que la CPI, la plus haute juridiction internationale puisse manquer d’argent ? A ce propos, vous affirmez que l’arrêt du procès pour des problèmes de budget doit profiter aux accusés. Que voulez-vous dire par là ?

Le problème avec la CPI, c’est le rythme d'escargot auquel il administre la justice et la taille des cas poursuivis. À mon avis, le temps que Jean-Pierre Bemba et Laurent Gbagbo ont été en détention en attendant la décision finale de leurs affaires est inexcusable. Je crois qu'il y a des problèmes budgétaires dans le traitement des affaires de la taille de la CPI et ces problèmes ne se limitent pas à la salle d'audience. N'oubliez pas, par exemple, les coûts de la protection des témoins et de la réinstallation. Si l'on peut vraiment dire que le manque de ressources financières est la raison de reporter un procès et non l'inertie générale causée par la nature de l'affaire elle-même, cela devrait effectivement être une considération pour décider si on doit accorder une mise en liberté provisoire au suspect.

M. Gbagbo a été accusé publiquement d’avoir mis en place un « plan commun » pour exterminer les partisans de son adversaire politique, M. Alassane Ouattara. En principe les témoins devraient être à l’aise à dire la vérité. Mais l’on constate que la Cour protège les témoins en masquant leurs visages et aujourd’hui ce sont des procès à huis clos. Pourtant M. Gbagbo a été accusé publiquement et ne serait-il pas mieux que son procès soit public pour que le monde entier se fasse une idée sur ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Votre point de vue sur les huis clos dans le procès de MM. Gbagbo et Blé Goudé.

J'ai eu l'avantage de lire tous les éléments de preuve dans l'affaire contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé et, à mon avis, rien n’a jamais soutenu que Laurent Gbagbo ait conçu un plan qui convoquait la commission de crimes contre les partisans de M. Ouattara. Plus particulièrement, j'ai un sérieux problème avec l'interprétation de l'Accusation du fameux discours prononcé à Divo le 27 octobre 2010, qui est censé être la manifestation parlée d'un tel plan néfaste. Je ne suis pas seul dans ce point de vue. Comme vous le savez, la juge Christine Van den Wygaert a refusé de confirmer les charges retenues contre Laurent Gbagbo, notamment pour ces motifs. Dans cet esprit, la question est de savoir si l'existence d'un « plan commun » peut être prouvée à la satisfaction des juges sur le niveau supérieur de la preuve hors de tout doute raisonnable. Je ne pense pas. Il est tout à fait indésirable qu'un procès criminel se tienne plus à huis clos que dans l'opinion publique. Cela est encore plus vrai lorsque nous parlons d'un procès criminel international où l'objet de la procédure est, entre autres, d'établir le dossier historique. Cela étant dit, je peux comprendre la sensibilité de la Cour en raison de l'expérience du Kenya où les deux cas se sont effondrés en raison d'allégations d'intimidation et d'ingérence de témoins.

 

Le Bureau du procureur demande à la Cour d’autoriser des témoignages préenregistrés et des témoignages écrits ? Le Statut de Rome autorise-t-il ce genre de témoignages dans un procès pénal ? Croyez-vous que les témoignages préenregistrés et écrits permettront de faire la lumière sur les évènements qui se sont passés en Côte d’Ivoire entre décembre 2010 et avril 2011. Cela ne veut-il pas dire que la procureure est-il en difficulté ?

Je ne pense pas que le souhait de la Procureure d'introduire des témoignages enregistrés antérieurement soit nécessairement un signe qu'elle éprouve des difficultés. Tout dépend des circonstances. De toute évidence, il est préférable qu'un témoin donne un témoignage en direct devant la Cour et que l'introduction de témoignages enregistrés antérieurement soit toujours l'exception et non la règle. Toute la question des témoignages enregistrés antérieurement a fait l'objet de beaucoup de publicité dans les affaires du Kenya parce que le Procureur a fait valoir que c'était la seule façon dont les témoignages incriminants fournis par des témoins récalcitrants pouvaient être portés devant la Cour. Comme vous pouvez l'imaginer, la question était politiquement chargée puisque la règle permettant l'introduction de tels témoignages antérieurs était une nouveauté dans le droit pénal international et a été formulée spécifiquement pour traiter le taux d'abandon des témoins dans les affaires du Kenya. Personnellement, la règle ne m'offense pas. J'ai eu affaire à cela pour la plupart de ma carrière professionnelle domestique!

Me, à vous entendre, l’on croirait que la Procureure veut introduire des témoignages préenregistrés parce qu’elle est confrontée à un manque de témoins?

Le recours à des témoignages enregistrés antérieurement est un fait habituel. Cela n’est pas exclusivement utilisé lorsqu'il y a des problèmes avec le témoignage de viva voce.

Des voix se lèvent pour dénoncer le fait que la CPI ne poursuit que des Africains. Des politiciens africains disent que la CPI est un instrument des Occidentaux pour opprimer les Africains. Partagez-vous cette affirmation et votre point de vue sur le retrait annoncé de l’Afrique du Sud, de la Gambie, du Kenya etc.

Non M. Elvis Gouza ! Je ne crois pas que la CPI cible injustement l'Afrique. La Cour est ce que ses États parties en font. N'oubliez pas qu'un certain nombre de pays africains ont invité la CPI à enquêter sur leurs territoires. Les retraits récents ne sont pas non plus une indication d'un retrait général. Chaque pays qui s'est retiré l'a fait pour sa propre raison. L'Afrique du Sud a estimé qu'elle était placée en situation de conflit d'obligations internationales et que son ambassadeur à La Haye était traité de façon assez humiliante lorsqu'il a tenté de soulever ces questions lors d'une audience quasi judiciaire devant la Cour. Le Burundi souhaite évidemment protéger ses décideurs contre des poursuites éventuelles. Et pour la Gambie; Si Adama Barrow prend effectivement le pouvoir la Gambie va retourner au bercail.

 

Selon vous, pourquoi le représentant légal des victimes, Mme Paolina Massida, soutient-elle les actions de la procureure Fatou Bensouda?

Paolina Massida représente les victimes qui participent au processus. Son titre d'emploi, par conséquent, l'aligne davantage avec les victimes. Son travail consiste à représenter les intérêts des victimes par opposition au procureur qui est chargé d'assurer un procès équitable et la vérité. Paolina Massidda est particulièrement bonne à son travail et sert souvent de mini-procureur.

Avant la reprise du procès le 6 février 2017, comment avez-vous trouvé les dépositions des témoins qui se sont succédé à la barre au cours de l’année 2016 ?

Je dois avouer que je préférerais ne pas commenter la façon dont les témoins ont témoigné dans le cadre d'un procès en cours. Il ne me convient pas de le faire. Je ne veux pas porter atteinte aux avocats chargés de traiter le procès ni interférer avec le rôle des juges. On appellerait cela «litige satellite» et l'un de ses partisans les plus célèbres, un ancien conseiller de Moreno Ocampo, a été à juste titre critiqué pour avoir fait des commentaires sur  les comportements des gens dans la salle d'audience de Thomas Lubanga.

 

Quel conseil ou suggestion pouvez-vous faire à vos ex-confrères de la défense ?

Je ne pense pas que Me N'dry ou Me Gbougnon a besoin de mon conseil. Ils semblent tous les deux faire un beau travail et je leur souhaite bonne chance.

Savez-vous qu’une pétition a été lancée en vue d’obtenir la libération de M. Gbagbo et M. Charles Blé Goudé ? Si oui, croyez-vous que cela puisse avoir un impact sur le procès ?

Je ne peux pas commenter les perspectives de libération de MM. Gbagbo et Blé Goudé parce que, encore une fois, je ne pense pas qu'il soit approprié qu'un avocat qui était autrefois partie à l'affaire fasse des commentaires qui pourraient être interprétés comme une ingérence. Je ne partagerai avec vous qu'un souvenir. Je me souviens avoir échangé des salutations avec M. Laurent Gbagbo sur une de mes fréquentes visites au centre de détention de la CPI à La Haye et d'être frappé par l'image plutôt triste et solitaire qu'il a créée. Il avait une écharpe autour du cou et souffrait évidemment d'un rhume. Sa voix était rauque et, visiblement, il ne regardait pas dans le meilleur de la santé. Je me souviens juste de me demander comment il pourrait être dans l'intérêt de la communauté internationale de nier cette libération de l'homme d'État âgé sur la garantie de l'État jusqu'à ce que le jugement dans son procès. Quel genre de risque de vol pourrait-il poser?

Et Si M. Blé Goudé vous appelait pour réintégrer son équipe de défense, accepteriez-vous ?

Je vis pour l'excitation de litige tribunal. Si Charles me demandait de rejoindre son équipe, je n'hésiterais pas. Je dis que, malgré le fait que nous sommes à la fois ardents, tempérés et excitables. En effet, je ne nie pas que nous ayons eu, parfois, une relation tempétueuse. Mais nous partageons tous la même recherche de la justice et de la vérité. Ces caractéristiques font partie de l'essence et du charme de Charles et s'il en était autrement, il manquerait du charisme qui m'a inspiré et d'une génération de jeunes Ivoiriens.

Ici en Côte d’Ivoire, depuis un bon moment, des ex-rebelles ont réclamé et obtenu le paiement des primes du chef de l’Etat Alassane Ouattara. Ces primes s’élèvent à  12 millions de F cfa. Vu cette situation, les observateurs de la scène politique pensent que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ne sont pas ceux qui ont apporté la guerre en Côte d'Ivoire. Partagez-vous cette affirmation ?

Je n'ai rien vu pour soutenir l'affirmation que Laurent Gbagbo ou Charles Blé Goudé a voulu de la guerre en Côte d'Ivoire et cela n'a rien à voir avec le sentiment d'Alassane Ouattara qui est obligé d'indemniser ceux qui ont autrefois combattu dans son camp. C'est ma réponse.

Oui mais Me, cette situation n'interpelle-t-elle pas la CPI sur le fait que les vrais criminels sont toujours en Côte d'Ivoire et que la Cour doit penser à équilibrer la balance en poursuivant les pro-Ouattara ?

Bensouda a déjà déclaré, à maintes reprises, qu'elle poursuivra les personnes affiliées au camp de M. Ouattara. En fait, elle enquête déjà sur ce qu'elle appelle « la deuxième affaire en Côte d'Ivoire » et le budget de la Cour Pénale Internationale de cette année prévoit même un bureau dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. En conséquence, il est assez clair qu'elle enquête. S'il vous plaît M. Elvis Gouza, gardez également à l'esprit que Fatou Bensouda a déclaré que sa nouvelle politique est de se concentrer un peu plus. Cela semblerait mettre les dirigeants de milices rebelles plus en vedette plutôt que la hiérarchie politique. Bensouda se souviendra de ce qui s'est passé dans la situation au Kenya et saura que, dès qu'elle sera trop près de mettre en danger la hiérarchie gouvernementale en place, elle pourrait perdre la capacité de poursuivre ses investigations comme elle l'a promis. L'ouverture d'un bureau dans l’ouest de la Côte d'Ivoire aurait été faite avec l'approbation complète et la connaissance de M. Ouattara. Et en conséquence, il aurait aussi une assez bonne idée de ce à quoi Bensouda vise et peut-être ne pourrait pas être trop d'un problème pour lui.

Mais Me, la procureure n'a pas mis suffisamment de temps pour enquêter et transférer le président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé à la CPI, pourquoi quand il s'agit de pro-Ouattara, traîne-t-elle les pieds ?

C'est très simple. C’est un problème de budget et d’opportunité politique. Si elle enquête sur les pro-Ouattara lors de l'enquête sur Gbagbo, Ouattara aurait pu faire obstruction à toutes ses enquêtes en Côte d'Ivoire. Maintenant, Bensouda a conclu un accord avec Ouattara pour ouvrir un bureau dans l'ouest de la Côte d’Ivoire et cela évidemment ne le dérange pas trop.

 

Même si la CPI ouvre un bureau à l'ouest de la Côte d’ivoire, pensez-vous qu'un jour la Cour peut poursuivre les ex-chefs rebelles?

Et oui, elle ciblera les gens comme Cherif Ousmane. Les dirigeants de la milice qui sont concernés par Bensouda sont ceux que Ouattara considère actuellement comme « à charge ».

 

Me, soyez plus explicite, que voulez-vous dire par « à charge» ?

Les personnes « à charge » sont  les personnes dont la poursuite ne causera aucun préjudice politique à Ouattara. Ils sont « sacrifiables ». Vous comprenez M. Elvis Gouza ? Le sacrifice de quelques-uns moins proches dans le champ de Bensouda.  C'est à partir du budget: « L'enquête du Bureau du Procureur en Côte d'Ivoire en ce qui concerne les forces anti Gbagbo se poursuivra tout au long de l'année 2017 et nécessitera le soutien actif du greffe. Des enquêtes seront menées dans la capitale économique Abidjan. Dans l’ouest du pays, ce qui nécessitera que le greffe ouvre un petit bureau satellite dans la région, uniquement pour soutenir ces activités. Un nombre croissant de missions nécessitera plus de soutien en matière de véhicules et de sécurité par rapport à l'année précédente. À Abidjan et la présence satellitaire dans l'ouest de la Côte d'Ivoire offrira des facilités pour permettre au Bureau de la procureure de fonctionner efficacement ». On voit clairement qui est visé dans l'enquête anti-Gbagbo.

A vous entendre, les vrais dirigeants de la rébellion ivoirienne ne seraient jamais inquiets par la CPI?

Je ne pense pas que M. Ouattara ait besoin d'être inquiété par la CPI tant qu'il y a poursuite de M. Gbagbo. Il ne semble pas que Mme Bensouda soit personnellement visée par lui. Je vous ai déjà dit qui, je pense, seront les cibles de la deuxième enquête de la Côte d’Ivoire à  savoir les miliciens qui combattaient dans l'ouest du pays et qui étaient loyaux à Ouattara et qui, aujourd'hui, n'ont plus de conséquence politique pour M. Ouattara.

Pour finir, pensez-vous que ce procès permettra d'établir la vérité sur les événements qui ont eu lieu en Côte d'Ivoire entre décembre 2010 et avril 2011?

L'Accusation dans l'affaire contre Charles Blé Goudé a présenté un cas très unilatéral. Le témoin P.44 (Sam l’Africain, ndlr) était leur seul témoin de la substance et à mon avis, il était un fantaisiste avec des illusions de grandeurs pour dire le moins. L'Accusation n'avait aucune idée de la vraie nature et de la composition de la soi-disant galaxie patriotique. Je suis très fier du fait que, dans le temps extrêmement court dont nous disposions, nous avons réussi à interroger plus de dirigeants de la soi-disant galaxie patriotique que l'Accusation. Je suis sûr que moi, N'dry et Gbougnon en tireront parti pendant la présentation de l'affaire de la défense et, espérons-le, démontreront la vraie nature des activités pacifiques Charles Blé Goudé.

 

Interview réalisée par Elvis Gouza

In Quotidien d’Abidjan du 30 janvier 2017